Novembre nous installe dans cette lumière ambiguë où l’automne bascule vers l’hiver, où les jours se replient et où le silence devient plus dense. C’est le mois des premières pénombres longues, des intérieurs retrouvés, des concerts qui prennent alors une résonance particulière : celle d’un refuge contre la dispersion du monde. Dans cette suspension du temps, la musique classique retrouve son rôle originel, non pas comme divertissement, mais comme architecture de l’écoute, comme invitation à habiter autrement le présent.

À Bruxelles, le Conservatoire royal maintient cette tradition vivante avec une série de concerts gratuits dans l’Auditorium Joseph Jongen tout au long du mois. Ces rendez-vous réguliers (les 13, 17, 18, 21, 25 et 28 novembre) offrent ce que la vie contemporaine nous refuse souvent : la répétition, le rituel, la fidélité à un lieu d’écoute. On y entend de la musique baroque et classique, portée par de jeunes interprètes formés dans cette discipline de l’écoute intérieure qui fait la grandeur de l’exécution musicale. C’est dans ces salles aux sièges usés, sans éclat ni publicité, que se transmet l’essentiel : la justesse du son, la rigueur de la phrase, le respect du silence entre les notes. Il y a là quelque chose de monastique, une forme d’ascèse joyeuse qui fait écho aux grands ordres spirituels de l’Europe médiévale et classique.

Le Brussels Philharmonic, quant à lui, propose à Flagey un programme qui associe Debussy et Dukas à la musique sacrée, le 14 novembre. Ce choix n’est pas anodin : il rappelle que le vingtième siècle musical, même dans ses élans impressionnistes, n’a jamais rompu avec le sacré. Debussy, que l’on croit parfois tout entier tourné vers la sensation, demeure hanté par les formes liturgiques, par la contemplation, par cette lumière diffuse qui traverse les vitraux des cathédrales. Associer sa musique au chant choral, c’est retrouver cette dimension verticale de l’écoute, ce mouvement qui élève l’âme sans bruit, sans effort apparent, par la seule grâce de l’harmonie.

À Paris, le Louvre accueille du 15 novembre au 17 janvier une exposition consacrée à Jacques-Louis David, maître du néoclassicisme français. On pourrait croire cette mention étrangère à la musique, mais ce serait méconnaître la parenté profonde entre la peinture davidienne et la musique de Gluck, de Gossec ou du jeune Beethoven. Tous partagent cette même aspiration à la clarté, à l’ordre, à la noblesse des formes. David compose ses toiles comme on compose une fugue : par équilibre des masses, par tension maîtrisée, par sens de la proportion. Regarder ses oeuvres, c’est éduquer son regard à la même discipline que celle qu’exige l’écoute d’une sonate de Haydn. L’harmonie visuelle prépare l’oreille à l’harmonie sonore, et inversement. C’est cette culture de la forme, transmise d’un art à l’autre, qui constitue le socle de notre civilisation européenne.
En ce mois de novembre, où la lumière décline et où les certitudes vacillent, Radio Mercure vous invite à retrouver ces lieux d’écoute où se maintient une autre mesure du temps. Non pas celle de la consommation rapide, mais celle de l’attention soutenue. Non pas celle du flux incessant, mais celle de la présence pleine. Écouter, véritablement écouter, c’est résister à la dispersion. C’est se tenir debout dans le silence, accueillant ce qui vient sans le juger, le laissant résonner en soi jusqu’à ce qu’il devienne parole intérieure. Que novembre soit pour vous ce seuil où l’on retrouve, dans la pénombre bienfaisante, la lumière intérieure que seule la musique sait éveiller.
Bonne écoute sur Radio Mercure.
Philippe de Sternatz


